2015년 7월 5일 일요일

TRAITÉ DE L'ADMINISTRATION 2

TRAITÉ DE L'ADMINISTRATION 2


SECTION IX.--Bibliothèques pénitentiaires, 415 à 422.
SECTION X.--Bibliothèques des hôpitaux, 423.
 
 
TITRE III.
BIBLIOTHÈQUES COMMUNALES ET LIBRES.
 
CHAPITRE Ier.--BIBLIOTHÈQUES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES, 424 à 447.
SECTION Ire.--Bibliothèques des départements, 424 à 438.
SECTION II.--Bibliothèque de la Ville de Paris, 439 à 447.
 
CHAPITRE II.--BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES, 448 à 472.
SECTION Ire.--Généralités, 448 à 455.
SECTION II.--Bibliothèques municipales de Paris et du département
de la Seine, 456 à 466.
SECTION III.--Bibliothèques populaires libres, 467 à 472.
§ 1. Bibliothèques de Paris et du département de la Seine,
467 à 469.
§ 2. Bibliothèques cantonales et circulantes, 470 à 472.
 
 
LÉGISLATION, pages 389-400.
 
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE, pages 401-410.
 
TABLE ALPHABÉTIQUE, pages 411-421.
 
 
 
 
TITRE PREMIER.
 
NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
 
 
 
 
CHAPITRE PREMIER.
 
HISTORIQUE.
 
 
1. Le nombre et l'importance des bibliothèques ont été, dans tous
les temps et tous les pays, proportionnés au degré de culture
intellectuelle des peuples. Les écrivains de l'antiquité nous ont
transmis le souvenir de la bibliothèque de Thèbes, la plus ancienne
de toutes, fondée, suivant la tradition, 1600 ans avant Jésus-Christ,
par Osymandias, qui fit graver sur la porte l'inscription: «Trésor
des remèdes de l'âme»; de celle du Temple de Jérusalem, où l'on
conservait les livres de Moïse, des Rois et des Prophètes; de la
première bibliothèque d'Athènes, formée par Pisistrate, c'est-à-dire
au VIe siècle avant l'ère chrétienne; de la bibliothèque plus célèbre
de Pergame, créée par Attale Ier, qui ne compta pas moins de 200,000
volumes; et surtout de l'admirable bibliothèque d'Alexandrie ou des
Ptolémées, commencée par Ptolémée-Soter au Sérapéum, et portée par
ses successeurs à un degré de richesse inouï; elle atteignit, dit-on,
700,000 volumes et fut anéantie par le feu, lors de la conquête de
l'Égypte par César, comme, depuis, celle qui la remplaça fut détruite
par les ordres d'Omar.
 
2. Rome posséda aussi, mais seulement aux derniers jours de la
République, des bibliothèques publiques: la première, établie par
Asinius Pollion dans l'Atrium de la Liberté, sur le mont Aventin; celle
d'Auguste, la _Palatine_, près le temple d'Apollon sur le mont Palatin;
la bibliothèque _Octavienne_, à l'extrémité du Portique d'Octavie;
celle du Temple de la Paix, créée par Vespasien; celle de Trajan, bien
connue sous le nom d'_Elpienne_, que Dioclétien annexa plus tard à ses
Thermes. On ne comptait pas moins de vingt-neuf bibliothèques publiques
à Rome, au milieu du IVe siècle. Plusieurs riches particuliers
s'étaient aussi formé des collections considérables. On citait les
bibliothèques de Cicéron, d'Atticus, de Lucullus; cette dernière
ouverte au public, à ce que rapporte Plutarque. Les livres étaient en
rouleaux et les cases qui les contenaient offraient un aspect analogue
à celles de nos magasins de papiers peints; chaque volume était muni
d'un _pittaccium_, sorte d'étiquette où l'on inscrivait son titre.
 
3. Dans les premiers siècles de notre ère, les chrétiens fondèrent
plusieurs bibliothèques dont la plus célèbre fut celle de Césarée, où
saint Jérôme trouva le texte hébraïque de l'Évangile de saint Mathieu.
Chaque église fut même pourvue d'une bibliothèque, mais aucune ne
survécut aux incendies allumés pendant la persécution de Dioclétien.
La bibliothèque commencée à Constantinople par Constantin, et élevée à
100,000 volumes par Théodose, fut détruite ainsi au VIIIe siècle, sur
l'ordre de Léon l'Isaurien, le protecteur des iconoclastes. Le même
sort atteignit d'ailleurs presque toutes les bibliothèques, au temps
des invasions des Barbares.
 
4. On sait qu'en Gaule, après la conquête franque, la culture des
lettres fut absolument négligée; les débris des collections anciennes
furent recueillis dans les monastères, seuls asiles où l'on s'adonnât
encore à l'étude. Nous manquons de renseignements sur l'importance
de ces bibliothèques vraisemblablement composées surtout d'ouvrages
sacrés. On n'en connaît l'histoire avec quelque suite que depuis le
XIIe ou le XIIIe siècle[1]. Il ne semble pas que les rois mérovingiens
aient eu aucun goût pour les livres. Pépin le Bref, le premier de
nos rois, en rassembla quelques-uns; du moins en reçut-il comme
présent du pape Paul Ier. Mais Charlemagne fit former dans son palais
d'Aix-la-Chapelle une véritable bibliothèque; il attacha à la cour
impériale un atelier de copistes qui exécutèrent, pour son compte,
d'admirables manuscrits dont quelques-uns nous sont parvenus. Il voulut
qu'après sa mort sa bibliothèque fût vendue, pour le prix en être
distribué aux pauvres. Ses successeurs, Louis le Débonnaire et Charles
le Chauve, entretinrent également des copistes et l'on cite parmi les
chefs-d'œuvre de la calligraphie du moyen âge deux Bibles, un livre
de prières et l'évangéliaire de ce dernier. Charles ordonna à ses
exécuteurs testamentaires de partager ses livres entre son fils, Louis
II, et les églises de Saint-Denis et de Notre-Dame de Compiègne.
 
5. Il faut arriver à saint Louis pour trouver, dans le palais du roi,
une bibliothèque digne de ce nom. S'il faut en croire son confesseur,
Geoffroi de Beaulieu, Louis IX aurait entendu parler, en Palestine,
d'un soudan sarrasin qui faisait soigneusement rechercher, transcrire
et placer dans sa bibliothèque les livres de tout genre qui pouvaient
servir aux savants de son pays, et il se serait promis d'imiter cet
exemple en France. Quoi qu'il en soit de l'anecdote qui a donné
lieu à contestation, il est certain que saint Louis fit copier tous
les manuscrits des saintes Écritures et des Pères qu'on put trouver
dans les abbayes, et, pour les multiplier, il refusait d'acheter les
exemplaires existants; précaution d'une haute sagesse, si l'on songe
à la rareté, au prix exorbitant des livres, dont la transcription
exigeait un temps considérable[2]. Cette collection fut déposée près
de la Sainte-Chapelle dans une salle contiguë au Trésor des Reliques.
«Le roi y venait étudier quand il en avait le loisir, dit Geoffroi
de Beaulieu, et il y admettait volontiers ceux qui demandaient
l'autorisation d'y travailler.» Parmi eux, on doit citer Vincent de
Beauvais qui recueillait de toutes parts les matériaux de son immense
encyclopédie. Saint Louis pensa sans doute que ses précieux volumes
seraient plus soigneusement conservés dans des abbayes que dans le
palais royal: il les légua aux Jacobins de Paris et de Compiègne, aux
Cordeliers de Paris et aux moines de Royaumont.
 
6. Ses successeurs se préoccupèrent peu des lettres; les rares livres
qu'ils possédèrent furent dispersés après leur mort. Jean le Bon, au
contraire, entretint des enlumineurs à gages, fit copier ou acheta de
fort beaux manuscrits et les laissa, le premier, à son fils. Ce n'était
toutefois, au moment de sa mort, qu'une bien minime collection; elle
ne dépassait pas 12 volumes. Charles V l'accrut considérablement; il
aimait l'étude, y consacrait les heures que lui laissaient les affaires
publiques, encourageait les savants, et l'on doit à son instigation un
certain nombre de traductions du grec et du latin en français. Après
la restauration du château du Louvre, il y fit transférer, en 1367,
sa «librairie» déjà fort belle, conservée jusque-là dans le palais de
la Cité, et l'installa luxueusement dans les trois étages de la Tour;
les murs de la salle du premier étage étaient entièrement lambrissés
de bois d'Irlande sculpté, et les voûtes, recouvertes de bois de
cyprès. Les volumes étaient enchaînés et posés à plat sur des lettrins
ou pupitres disposés autour de la pièce. Trente chandeliers et une
lampe d'argent restaient allumés pendant la nuit. Le roi chargea son
valet de chambre, Gilles Malet, investi du titre de bibliothécaire,
d'inventorier ses manuscrits. Nous possédons ce travail, où sont
énumérés 973 volumes, la plupart décorés de magnifiques miniatures
et de lettres ornées, richement reliés et garnis de fermoirs d'or ou
d'argent[3].
 
7. La «librairie» royale ne demeura pas longtemps florissante.
Gilles Malet, après la mort de Charles V, fut bien confirmé dans ses
fonctions, mais de nombreux emprunts que ne suivait aucune restitution
l'appauvrirent et l'eussent réduite à peu de chose, si de nouvelles
acquisitions n'avaient comblé les lacunes[4]. Un inventaire de 1411
constate l'absence de 207 volumes et l'entrée d'un nombre à peu près
égal; ces derniers, provenant en grande partie de confiscations sur
les Juifs chassés de Paris en 1395, ne remplaçaient qu'imparfaitement
les précieux volumes disparus. En 1423, on ne comptait plus que 843
volumes, prisés 2,323 livres 4 sols et qui «n'estoient mie de renc et
en ordre». En 1429, le duc de Bedford, régent de France au nom de
Henri VI, qui s'était déjà adjugé la collection à vil prix vers 1425,
l'envoya, partie en Angleterre, partie au château de Rouen. Des 973
volumes rassemblés à grands frais par Charles V, 44 seulement sont
aujourd'hui à la Bibliothèque nationale.
 
8. Louis XI reconstitua la «librairie du Louvre», à l'aide de quelques
volumes épars restés dans les résidences royales, et bientôt il
l'enrichit d'une partie de la belle collection d'imprimés rassemblée
par son frère le duc de Guyenne dont il hérita, et des livres du
cardinal La Balue qu'il confisqua[5]; mais il laissa échapper ceux du
duc de Nemours et de Charles le Téméraire. La bibliothèque des ducs
de Bourgogne, formée par Philippe le Hardi, avait été élevée par la
magnificence de Philippe le Bon au rang des plus considérables qui
fussent alors en Europe. Ce prince eut pour bibliothécaires Laurent
Palmier et Robert Gaguin, pour enlumineur en titre un des premiers
artistes du temps, Jehan Foucquet. Charles VIII rapporta de son
expédition d'Italie une partie de la bibliothèque fondée à Naples par
Robert d'Anjou et augmentée par les princes de la maison d'Aragon.
 
9. Louis XII, en arrivant au trône, possédait personnellement une
bibliothèque aussi remarquable par le nombre que par la beauté des
manuscrits. Le duc d'Orléans, frère de Charles VI, l'avait commencée à
Blois. Charles d'Orléans l'avait continuée durant et après sa longue
captivité, en même temps que son frère Jean, comte d'Angoulême, en
constituait pour lui-même une non moins belle qui revint à la couronne
sous son petit-fils, François Ier. Louis XII joignit à cette collection
les ouvrages conservés à la Tour du Louvre et, pendant près d'un
demi-siècle, la Bibliothèque du roi demeura au château de Blois. Il
y réunit encore la bibliothèque de Pavie, formée par les Visconti
et les Sforza, riche d'environ mille manuscrits, grecs, latins,
italiens et français, confisquée pendant l'occupation du Milanais;
après la victoire d'Agnadel, une portion de la belle collection dont
Pétrarque avait fait don à la république de Venise; enfin, sans que
l'on sache trop comment, le cabinet de Louis de Bruges, réputé,
après celui des ducs de Bourgogne, le plus beau de toute la Flandre.
L'ancien ambassadeur d'Alexandre VI, Bolognini, célébrait, en 1508, la
bibliothèque de Blois comme l'une des «merveilles de la France[6]».
A dater de cette époque, la Bibliothèque du roi «n'est plus le bien
personnel du prince; elle devient insensiblement un dépôt public,
ouvert aux savants de la France et des pays étrangers». La première
cause de cette révolution fut le concours heureux de circonstances qui
y avait réuni à la fois quatre grandes collections et l'avait placée
fort au-dessus des plus riches librairies seigneuriales, dont plusieurs
lui étaient encore supérieures à la fin du règne de Charles VIII.

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