2016년 2월 12일 금요일

Barnabe 1

Barnabe 1



Barnabé
 
Author: Ferdinand Fabre
OUVRAGES
DE
_FERDINAND FABRE_.
 
LES COURBEZON 1 vol.
(ouvrage couronné par l’Académie française.)
 
JULIEN SAVIGNAC 1 vol.
 
MADEMOISELLE DE MALAVIEILLE 1 vol.
 
LE CHEVRIER 1 vol.
 
L’ABBÉ TIGRANE 1 vol.
 
LE MARQUIS DE PIERRERUE:LA RUE DU PUITS-QUI-PARLE 1 vol.
 
—— —— —LE CARMEL DE VAUGIRARD 1 vol.
 
BARNABÉ 1 vol.
 
 
 
 
BARNABÉ
 
PAR
 
FERDINAND FABRE
 
[Illustration: LOGO]
 
PARIS
 
E. DENTU, ÉDITEUR
 
_Libraire de la Société des Gens de Lettres_
 
PALAIS-ROYAL, 17-19, GALERIE D’ORLÉANS
 
1875
 
Tous droits réservés.
 
 
 
 
_Je dédie ce livre_
_à_
_HECTOR MALOT,_
_Comme un témoignage de mon amitié._
 
_FERDINAND FABRE._
 
_Septembre 1874._
 
 
 
 
TABLE DES MATIÈRES.
 
Page
 
PRÉAMBULE 1
 
LIVRE PREMIER——_LA COMÉDIE_
 
I. 7
 
II. 16
 
III. 29
 
IV. 40
 
V. 50
 
VI. 60
 
VII. 69
 
VIII. 80
 
IX. 93
 
X. 104
 
LIVRE DEUXIÈME_L’IDYLLE_
 
I. 117
 
II. 129
 
III. 144
 
IV. 156
 
V. 171
 
VI. 185
 
VII. 197
 
VIII. 209
 
IX. 222
 
X. 233
 
LIVRE TROISIÈME_LE DRAME_
 
I. 249
 
II. 262
 
III. 274
 
IV. 286
 
V. 301
 
VI. 316
 
VII. 330
 
VIII. 343
 
IX. 358
 
X. 377
 
CONCLUSION 399
 
 
 
 
BARNABÉ
 
 
 
 
_PRÉAMBULE_
 
 
...C’est une chose désolante! On m’écrit du Midi qu’un à un les
ermitages se ferment, que les ermites, besace au dos, quittent leurs
chapelles solitaires et qu’on ne les voit plus revenir. Les ordres
sont-ils partis de la préfecture ou de l’évêché? Des deux côtés à la
fois, pense-t-on. Quel dommage! Ah! le pittoresque, cette richesse de
nos contrées, va perdre singulièrement!
 
Mon Dieu, je sais bien que les _Frères libres de Saint-François_, comme
aimaient à se faire appeler les membres de cette corporation absolument
laïque, avaient à la longue infiltré dans la pratique de la règle plus
de liberté qu’il ne convenait. Par exemple, il était peu édifiant, à
Bédarieux, de voir, le lundi, jour de marché, les ermites des montagnes
voisines sortir du cabaret de la _Grappe-d’Or_ en titubant, en se
bousculant, en vociférant, puis regagner, à la nuit, leurs demeures
isolées en décrivant des zigzags ridicules dans la poussière des
chemins...
 
Mais puisque ces frocards grotesques, qu’on regardait s’en aller
«_dodelinant de la tête et marmottant de la bouche_,» ne scandalisaient
en aucune façon nos populations méridionales, qui ne confondirent
jamais les détenteurs des ermitages avec les curés des paroisses,
pourquoi leur enlever violemment ces moines fantaisistes, sans
caractère religieux véritable, recrutés dans les fermes, non dans les
séminaires, paysans dans le fond, nullement prêtres, et capables, quand
la besogne pressait aux champs, de manœuvrer pour le premier venu ou
la serpette dans la vigne, ou la gaule dans l’olivette, ou la faucille
dans les blés? Hélas! ils avaient leurs faiblesses, paraît-il, et ces
faiblesses les ont perdus.
 
Qui tiendra désormais les ermitages en état? Va-t-on laisser
s’écrouler, à la cime de nos montagnes sourcilleuses, ces maisonnettes
parfois si gaies, parfois si terribles, selon les dispositions
gracieuses ou violentes du site, mais toujours si hospitalières et si
charmantes?
 
En décembre, étiez-vous surpris par la neige, chassant la grive
parmi les genévriers de Camplong, ou le lièvre dans les pierrailles
semées de thym de Lunas, vite vous couriez frapper à l’ermitage de
Saint-Sauveur ou à celui de Notre-Dame de Nize, et vous étiez accueilli
à bras ouverts. Quel feu flambant de ramures sèches de châtaigniers
dans l’âtre, et quelles santés à saint Hubert avec le vin quêté aux
meilleurs endroits du pays! Pour les chiens, vous n’aviez pas à vous
en occuper; cela regardait l’ermite, qui les caressait, les pansait
s’ils étaient blessés, et les installait en un coin sur de la paille
fraîche, une écuelle bien remplie sous le nez. Ces braves Frères libres
de Saint-François, quel entrain, quelle verve et quels rires éclatants
avec les chasseurs!
 
Du reste, il était de tradition en nos Cévennes, quand le titulaire
d’un ermitage venait à mourir, de lui donner pour successeur un homme
«_gai et bien délibéré_.» Les curés exigeaient bien du candidat
certaines garanties: il fallait qu’il fût réputé honnête par toute
la contrée, qu’il pratiquât très ostensiblement la religion,
qu’il fût célibataire ou veuf... Mais il avait beau réunir les
conditions requises, si on lui connaissait l’esprit morose, il était impitoyablement rejeté.

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