2016년 2월 15일 월요일

barnabe 27

barnabe 27



Ravi, j’allais attaquer le troisième couplet, quand Liette, faisant un
mouvement avec ses deux bras:
 
Et ma corbeille! s’écria-t-elle.
 
Je regardai le gazon. La corbeille avait disparu. Je devins tremblant.
 
Il est donc passé des voleurs par ici? balbutiai-je.
 
Cependant Liette, debout au milieu du sentier, pâle, attristée,
promenait des yeux inquiets dans toutes les directions. Je fus navré.
 
Que veux-tu? lui dis-je, prenant soudain mon parti de la perte des
_fromageons_, nous goûterons avec de la fougasse pour aujourd’hui.
 
J’avais à peine articulé ces mots, qu’une voix plus forte que la voix
de Liette, mieux timbrée que la mienne, jeta dans l’air le troisième
verset du noël:
 
_Mais l’Enfant tout d’un coup pleure_,
Sanctum Dominum Jesum:
_Sur la croix il faut qu’il meure_,
Sanctum Dominum nostrum.
 
Liette se mit à rire.
 
Eh bien? lui demandai-je, surpris.
 
C’est Simonnet! dit-elle; tu ne l’as donc pas reconnu?
 
Simonnet!
 
Et, les poings serrés, je m’avançai vers les osiers d’où partait le
noël.
 
La corbeille, avec le linge blanc qui recouvrait les faisselles,
émergea peu à peu au-dessus du feuillage, puis je vis le front, puis
les yeux, puis la barbe noire, enfin toute la poitrine de Simonnet
Garidel.
 
Tu n’as pas honte, lui criai-je courroucé, tu n’as pas honte de voler
comme ça les provisions d’autrui! Tu as mangé plus d’un _fromageon_,
sans doute?
 
Simonnet, tout penaud, s’avança vers Juliette Combal.
 
Est-ce que cela te déplairait que je te porte la corbeille jusqu’à la
rivière? lui demanda-t-il.
 
Sa voix chevrotait.
 
Tu parles comme un agneau qui fait _bê_!... au sortir de la bergerie.
Crois-tu que, Liette et moi, nous ne soyons pas capables de nous tirer
d’affaire?
 
C’est que la corbeille est bien lourde, murmura-t-il; puis elle foule
les cheveux de Liette.
 
Les cheveux de Liette! Est-ce qu’ils te regardent, les cheveux de
Liette?
 
Mais oui, puisque je les trouve beaux, et que je les aime!
 
Je ne pus me tenir de rire à mon tour, et j’éclatai sans nulle retenue.
 
Pourtant Liette et Simonnet s’étaient rapprochés l’un de l’autre et
causaient _amitieusement_. Il est probable que mes reproches avaient
troublé le jeune homme, car il rendait une parole pour dix que lui
en donnait la jeune fille. J’avoue que la pâleur qui tout à l’heure
blanchissait les traits de Juliette Combalelle avait pâli en
apercevant Simonnetavait fait place sur son visage à une animation
singulière. Son œil abattu était redevenu pétillant, et sa petite
langue de chatte allait comme le battant de la clochette de l’église,
quand elle entreprend ses roulements précipités au _Sanctus_ ou au
_Domine, non sum dignus_...
 
J’ignore quel instinct secret me fit deviner que j’étais de trop
dans l’entretien des deux jeunes gens. Le fait est qu’en dépit d’une
curiosité qui me brûlait l’âme ensemble avec la peau, je n’osais
m’approcher d’eux. Je les regardais se parlant, se serrant les mains,
se dévorant des yeux mutuellement, et je demeurais immobile, bouche
close, frappé d’un hébêtement qui me paralysait tout entier.
 
Que se passait-il? Ma vie, entre mon oncle et Marianne, ne m’avait
encore révélé aucun des mystères du cœur. Le mien, ouvert à toutes
les dissipations d’un écolier fantasque et vagabond, ne prévoyait
encore rien au delà d’une bonne partie avec Baptiste, d’une cage
pleine d’oiseaux, d’une lutte au Planol entre ours des Pyrénées et
chiens-loups des Cévennes, rien au delà d’une longue, bien longue
comédie, en compagnie de Barnabé, les jours de foire, à Bédarieux.
 
Enfin Simonnet Garidel, qui avait tout d’abord déposé la corbeille aux
pieds de Liette, la reprit et se la campa lestement sur la tête.
 
Tu me promets au moins, lui dit-elle d’un accent de prière, de me la
rendre avant d’arriver à l’Orb? Peut-être mon père ne te verrait-il pas
avec déplaisir, mais ma mère trouve que tu n’es pas assez riche, et tu
comprends...
 
Sans faire plus d’attention à moi que si je n’étais pas dans le
sentier, ils allèrent en avant, bras dessus, bras dessous, sautillant,
voletant, pirouettant. Le courage me manqua pour me plaindre. Je les
laissai passer et les suivis tout honteux à une distance respectueuse.
Il fallait voir comme Simonnet, si humble tout à l’heure, si courbé
sous ma colère, s’était redressé maintenant, et de quelle allure royale
il marchait!
 
Ma foi, c’était un beau garçon que Simonnet Garidel: tout jeune encore,
grand, fort, noueux comme un rouvre. Les épaules vigoureusement
attachées, d’où partaient des bras musculeux, donnaient l’idée complète
du paysan, d’un de ces athlètes obscurs mais sublimes qui livrent
chaque jour à une terre avare la plus opiniâtre, la plus courageuse des
luttes, pour lui arracher le pain qui perpétue la vie. Pendant cette
course le long du ruisseau de Lavernière, course qui, pour le cœur de
Simonnet Garidel, équivalait à une marche triomphale, que de fois cet
enfant robuste des Cévennes, ne trouvant pas d’autre voie pour traduire
au dehors la multitude d’émotions qui l’assiégeait, eut des mouvements
de force qui émanaient de lui en quelque sorte à son insu! Il coulait
un de ses bras autour de la taille de Juliette Combal, et les petits
pieds de la jeune fille perdaient terre tout aussitôt. Une fois il
l’enleva vers lui d’un geste si énergique, qu’il la monta jusqu’à la
hauteur de ses lèvres.
 
Alors, j’entendis un baiser éclatant.
 
A ce spectacle, il me serait difficile d’analyser tout ce que
j’éprouvai de sentiments étranges et confus. Je m’en souviens pourtant:
j’eus une impression de malaise si forte, qu’il me prit envie de m’en
aller. L’amour fait peur quand on le voit pour la première fois... Et
ma fougasse? Je n’y pensais plus. C’est juste au moment où, d’un œil
effaré, je fouillais les taillis environnants pour y découvrir un trou
où me cacher que Juliette se retourna.
 
Allons donc! me dit-elle.
 
Je m’élançai.
 
Sans crier gare, Simonnet Garidel, négligeant de me dire adieu,
s’engouffra dans les plantations de saules blancs, très touffus au bord
du ruisseau, et s’éclipsa.
 
Eh bien! où va-t-il si vite? A-t-il peur de moi, par exemple?
 
Voulais-tu que ma mère le vît? répondit-elle avec une moue adorable.
 
Ta mère t’a donc défendu de causer avec lui?
 
Oui.
 
Et pourquoi?
 
Parce qu’elle a dans l’idée de me marier avec quelqu’un de plus riche.
 
Et toi, qu’est-ce que tu as dans l’idée, Liette?
 
Moi, je trouve Simonnet Garidel très gentil. As-tu remarqué comme il
est fort? Et puis si tu savais quel bon cœur est le sien!
 
Une petite femme, se soutenant sur un bâton, pointa à l’un des détours
du sentier.
 
Jésus-Seigneur! dépêchons-nous, dit Juliette; voilà ma mère!
 
C’était la Combale, en effet. En nous apercevant, elle doubla le pas,
et bientôt je distinguai ses traits maigres, jaunis, parcheminés,
éclairés par je ne sais quelle lueur d’atroce méchanceté.
 
A la fin des fins, te voilà, notre fille! s’écria-t-elle, quand nous
fûmes à portée de sa voix. Qu’as-tu fait à la maison, je te prie,
depuis tantôt trois heures que tu nous as quittés à la rivière? Ah! tu
n’aimes guère trimer, toi, et tu laisses volontiers les autres se rôtir
au soleil. Ciel du paradis! il te faut plus de temps pour mettre du
caillé dans des faisselles qu’à M. le curé, le dimanche, pour dire la
messe et débiter le prône... Et toi, marjolet, où t’en vas-tu de ce pas
délibéré? me demanda-t-elle, m’apostrophant à mon tour.
 
J’allais par la montagne avec Baptiste, balbutiai-je... Puis Baptiste
a eu faim, et je l’ai mené dans votre écurie...
 
C’est ça, c’est bien ça, Dieu me pardonne! il me faudra nourrir l’âne
du Frère de Saint-Michel. A ce qu’il me semble, tu es né avec les mains
ouvertes, toi, pour gaspiller le bien du prochain. Tu crois donc, parce
que tu es le neveu de M. le curé, que tout t’appartient en ma maison
et que tu as le droit de rassasier ton bidet avec l’esparcette de mes
prairies? Est-ce toi, freluquet, qui payeras mes faucheurs, quand ces
hommes viendront couper mes herbes? J’ai des mulets pour dépêcher mes

댓글 없음: